ISLI – Interview de Marie-Laure FURGALA, directrice de l’ISLI

Voici l’interview de Marie-Laure FURGALA directrice de l’ISLI. Découvrez qu’est-ce que l’ISLI, comment intégrer l’ISLI ou encore à quoi mène l’ISLI. Un échange riche et complet sur une formation connue et reconnue de la logistique.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis Marie-Laure Furgala, directrice de l’ISLI. Avant d’être la directrice et je suis surtout diplômée du programme. Je suis diplômée de l’ISLI en 1995/1996 et j’ai travaillé pendant 25 ans en supply chain à des niveaux internationaux. J’ai repris l’ISLI en fin 2018, il y a deux ans suite au départ de l’ancien directeur historique Dominique Estampe qui est resté plus de 30 ans à la tête de ce programme. J’ai un lien très privilégié avec ce programme car j’ai découvert la supply chain avec l’ISLI. À l’origine, j’ai fait une faculté et quand j’ai fait ce programme j’ai vraiment vu qu’un autre monde pouvait exister. Donc historiquement j’ai toujours eu une accroche très forte avec ce programme. Pendant 20 ans j’ai fait des interventions auprès des promotions. J’ai été membre actif de l’association des anciens, je venais régulièrement voir les étudiants. Je suis heureuse d’être basée à Bordeaux presque 20 ans, donc la proximité a vraiment aidé. J’ai croisé Dominique Estampe lors d’une de mes interventions et il m’a annoncé son départ. Je lui ai demandé qui allait lui succéder et je pensais que ce serait un professeur et il m’a dit qu’il aimerait que ce soit un ou une ancienne du programme. Je pense que le choix était judicieux puisque cela s’inscrit dans la continuité de s’assurer du suivi qualitatif du programme. Nous faisons attention à la valeur qu’a le programme sur le marché et je pense que c’était une bonne stratégie. Il m’a alors demandé si je voulais me présenter et je n’étais pas pour au départ. Et puis cette réflexion a fait son chemin et quelque part j’ai toujours su que je finirai dans ce programme mais je ne pensais franchement pas en prendre la tête. J’adore la supply chain, je pense avoir beaucoup à apprendre aux étudiants et j’avais cette volonté de transmettre. Cela arrive un peu tôt pour mon âge, sans mentir… C’est quelque chose que j’aurais sans doute fait en dernier virage à 55 ans mais il se trouve que j’ai pris ce grand virage un peu plus tôt que prévu ! J’ai hésité mais on n’hésite pas longtemps car l’ISLI c’est une marque. Il y a une grande fierté d’être à la tête de ce programme, la volonté de représenter tous les anciens et de porter haut les couleurs de ce programme sur le marché. J’ai pour moi, mon expérience professionnelle réussie puisque j’ai eu des postes de directrice supply chain à des niveaux internationaux, j’ai beaucoup voyagé. Cela démontre également que la supply chain n’est pas qu’une affaire d’homme et qu’elle est dynamique et attirée de jeunes âmes.

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Marie-Laure FURGALA – Directrice de l’ISLI

Lorsque j’ai fait l’ISLI nous étions 6 femmes sur une promotion de 46 donc ce n’est pas ce que j’appelle beaucoup. On reste tout de même sur des ratios 70/30 % en France. J’ai la chance d’avoir un grand réseau avec l’ISLI puisque l’école a été créée en 1984. Je fais régulièrement des enquêtes de placement et je peux vous assurer que la parité au niveau du salaire, on n’y est pas, du moins pas encore et au niveau des effectifs on tourne autour du 30 % en France et du 40 % sur les internationaux. Il y a encore du chemin à faire et nos ISLI sont encore recrutés à 60 % dans l’industrie.

J’ai la chance d’avoir cette grande vision. Ma dernière enquête de placement date d’il y a moins d’un mois, j’ai eu plus de 700 répondants et je peux avoir une vision globale d’où vont nos ISLI toutes promotions confondues à l’exception d’une seule. J’ai vraiment cette ambiance de relancer et de reconnecter avec le réseau. Je connais beaucoup d’anciens car je suis une ancienne mais quand j’ai repris l’ISLI j’ai relancé le parrainage. Ce sont juste des nouveaux outils et moyens de communication à mettre en place avec eux.

Tout cela prend du temps, le temps de rentrer dans le costume puisque c’est un nouveau métier pour moi. Prendre connaissance des accréditations, la norme ISO dédiée à l’enseignement supérieur et adapter le contenu des programmes aux besoins de l’entreprise et à l’évolution des métiers. Il y a un grand chantier…

Qu’est-ce que l’ISLI ?

L’ISLI historiquement signifie Institut Supérieur de Logistique Industrielle et a été en 1984 sous l’impulsion de la chambre de commerce de Bordeaux et de l’ASLOG, qui est devenue maintenant France Supply Chain. L’école avait pour objectif de répondre à un besoin principalement de l’industrie sur des compétences en lien avec la gestion de production, la planification, l’approvisionnement, etc… C’est donc une école historique qui forme des BAC +5/BAC +6 avec une couverture nationale et internationale.

Maintenant, l’ISLI c’est deux formations initiales et une formation continue. Si je parle de la formation initiale c’est un mode 100 % en apprentissage sur la partie titre et mastère spécialisé avec un peu près 120 et l’année prochaine 140 étudiants. Il y a également une formation Master of Science avec des internationaux, des promotions de 60 personnes et entre 15 et 20 nationalités différentes. Il y a également une formation continue dispensée sur le campus de Paris.

Quel est le lien avec Kedge Business School ?

L’ISLI fait partie des programmes premium de Kedge. Kedge est historiquement le merge entre l’école de commerce de Marseille et l’école de commerce de Bordeaux. L’ISLI a été créée par BEM (École Bordeaux de Management) et avec la fusion de l’école de Bordeaux et Marseille c’est devenu Kedge. Finalement, l’ISLI comme MAI (Master Achats International) font partie des deux programmes premium de Kedge. Nous gardons l’acronyme MAI car ce sont des marques historiques, une existence et une longévité. L’ISLI est un master “spé” ou “of science” en global supply chain.

Quelle est la durée du master ?

Il y a le short track et le long track. Pour ceux qui souhaitent faire le master en long track sur 2 ans, ils rentrent avec une L3 en M1. Ils réalisent une année de préparation qui est le M1 et atterrissent en M2 ou alors ils rentrent en M1 et atterrissent directement en M2. Nous avons aussi des BAC +5 qui intègrent en M2 et qui font le double diplôme, le titre car nous sommes une formation titrée RNCP niveau 7 et avec un titre professionnel qui rapporte des crédits supplémentaires, ils peuvent présenter un mastère spécialisé BAC +6.

Quel est le profil des étudiants que vous intégrez et combien sont-ils ?

Alors, il n’y a pas de profils type à l’ISLI. La force de ce programme est justement de mixer la variété dans les programmes. C’était déjà le cas lorsque j’étais étudiante, nous étions très peu à avoir fait…, il y avait des facultés, des ingénieurs… C’est toujours le cas ! Si je devais tirer un profil macro, je dirais qu’il y a à peu près 1/3 d’ingénieurs, 1/3 d’école de commerce et 1/3 d’universitaires au sens très large. Lorsque je dis universitaire, cela peut être des IAE, des science-éco, des DESU GOL, c’est vraiment au sens large, spécialisé ou pas en logistique et supply chain.

Quand vous dîtes ingénieur, ce sont des personnes qui passent des doubles diplômes ou qui passent leurs diplômes d’ingénieurs et qui viennent ensuite faire l’ISLI ?

Ces personnes passent leurs diplômes d’ingénieurs et viennent faire une spécialisation en supply chain après leur école d’ingénieurs. Par exemple, des ingénieurs agrolimentaire qui viennent se spécialiser dans la supply chain pour atteindre des postes de directeur supply chain dans les secteurs de l’agroalimentaire. Cela peut être des ingénieurs pharmaceutiques pour ensuite occuper des postes en lien avec la compétence technique initiale mais sur lesquels ils viennent rajouter une formation approfondie en supply chain management.

Est-ce qu’il a des personnes qui intègrent l’ISLI en étant déjà dans le parcours professionnel ? Des personnes qui ont déjà 3 voire 4 années d’expérience ?

Oui effectivement, nous avons des personnes dans ce cas même en formation initiale pour qu’elle soit soumise à l’apprentissage bien qu’il y ait une limite d’âge. Mais évidemment, on peut intégrer l’ISLI après un BAC +3 et 5 années d’expérience. En termes de validation, ce sont les directeurs de programmes qui valident les expériences. Vous pouvez aussi avoir des professionnels qui viennent dans le cadre de leur entreprise qui leur finance la formation en continu sur le campus de Paris.

Que comporte ce programme ISLI ?

Au niveau du programme, la formation en alternance est en français, le master of science est en full anglais. C’est la première spécificité. Pour rentrer dans le master of science il faut avoir des prérequis linguistiques, en phase avec les validations TOEIC et TOEFL à savoir l’équivalent avec un niveau B2/B1. Pour faire la formation en alternance, le premier prérequis c’est d’avoir l’alternance ! Souvent, on a déjà l’admission et ensuite on recherche une alternance. C’est un contrat d’apprentissage ou de professionnalisation qui permet une certaine souplesse sur la date de démarrage du contrat.

Qu’est-ce qu’on n’y apprend ? Nous couvrons l’entièrement de la supply chain, de l’amont à savoir l’approvisionnement, la gestion des stocks, la relation avec les fournisseurs… Je ne parle pas de sourcing et de négociation mais bien de la relation avec les fournisseurs parce que nous avons un mastère spécialisé en achats. Il a donc une frontière avec le MAI mais le MAI est bien sur la particularité achats purs et nous, nous ne faisons que de la supply chain. Par contre, de façon border, nous voyons la partie fournisseur, relation, achats transport mais nous n’allons pas jusqu’au sourcing et la négo puisque nous avons un mastère spécialisé pour cela. Donc nous voyons tout l’amont, la relation aux fournisseurs en lien avec la partie flux d’informations et fichiers. Vous allez voir tout ce qui est lié à la gestion de production, la planification, le lien avec le commerce d’un point de vue industriel mais d’un point de vue retail cela va être avec le marketing, la gestion des promos, la gestion des gammes etc… J’en parle ici parce que je l’ai fait ! Avant d’être directrice d’ISLI, j’étais directrice des approvisionnements dans une société retail donc je connais bien cette partie… Puis nous évoquons la gestion de production, tout ce qui est lié à l’amélioration continue, le lean, le six sigma… Vous avez ensuite la partie distribution avec les réseaux de distribution en lien avec le retail ou pas, les flux financiers, les flux d’informations et puis la partie transport, distribution et relation client à travers les outils S&OP, mais surtout le lien avec les relations clients, les partenariats et les contrats avec les associés.

En transverse, nous avons toute la supply chain durable puisque c’est vraiment la couleur de ce programme. La sustainable supply chain est prise du début jusqu’à la fin y compris la reverse logistics, le développement durable dans l’ecodivers, l’ecodesign et puis la partie circulaire jusqu’à la partie bilan carbone. Nous disposons entre autres dans les certifications, une certification bilan carbone en lien avec l’ADEME. Tous nos étudiants qui valident le module sont donc certifiés bilan carbone.

Quel est le rythme d’alternance à l’ISLI?

Premièrement, c’est une alternance qui fait 568 heures donc c’est tout de même conséquent puisque ce sont des contrats d’apprentissage de 14 à 15 mois. Nous avons un minimum d’heures à délivrer donc 88 jours de cours ce qui est dense. Au démarrage nous les assistons durant presque 6 semaines pour qu’ils repartent en entreprise avec les fondamentaux. Il y a une espèce de remise à niveau. Le fait d’avoir des profils divers et variés engendre cette première étape de remise à niveau sur tous les fondamentaux pour que le reste de l’année. Nous avons la chance d’avoir une diversité de profils donc nous avons des ingénieurs qui ont plutôt vu certains aspects et puis nous avons l’école supérieure des transports par exemple donc nous allons les focaliser sur autres choses. Afin que personne ne perde de temps, nous faisons cette remise à niveau en langue anglaise, même pour l’alternance.

Une fois que cette période de 6 semaines est passée, le rythme d’alternance est d’une semaine en formation et 3 semaines en entreprise jusqu’à la fin de l’année. Nous rajoutons une journée je dirais la veille de la semaine école qui est une journée de travaux dirigés. En effet, les étudiants réalisent beaucoup de travaux de groupe, d’étude de cas, de challenge et nous avons des moments de respiration qui leur permettent de travailler en équipe. Le travail en équipe, même si les outils distanciels sont maîtrisés mais l’avantage c’est qu’ils apprennent à travailler en distanciel et en équipe. Ce sont des promotions de 140 étudiants et nous essayons de créer des moments forts tout au long de l’année pour que le réseau se mette en place dès le début jusqu’à la continuité.

À quoi mène ce master ? Y-a-t-il des voies de métier plus empruntées que les autres ?

Le grand trait de dominance est tout ce qui est en lien avec les postes de responsable supply chain. Cela tombe bien car c’est ce à quoi mène le titre ! Il y a également de nouvelles fonctions comme des data analyst, des designers de supply chain durable. Nous voyons de nouveaux métiers à travers les enquêtes de placement. Toutefois, la grosse majorité reste placée dans l’industrie, le conseil est la deuxième voie de placement dans lequel paradoxalement il y a plus d’hommes que de femmes alors que dans l’industrie c’est l’inverse… Le retail et le e-commerce sont en train de se faire une place également… Dans les métiers en lien avec l’industrie tout ce qui est la planification, la gestion de la demande au sens large font partie des secteurs qui recrutent le plus en sortie de programme. Puis, les étudiants maintenant les professionnels évoluent rapidement vers des postes de directeur supply chain. J’en suis l’incarnation puisque c’est ce que j’ai fait ! À part le transport j’ai touché à toutes les spécificités de la supply chain aussi bien l’account manager, la relation client, la prestation de services, de sous-traitance industrielle, l’approvisionnement, la relation fournisseurs et même les achats. Le programme mène à tout, la seule limite c’est celle qu’on se met !

Après, il y a des appétences. L’avantage d’avoir des parcours et profils très diversifiés à l’ISLI est d’avoir des étudiants qui se placent dans tous les secteurs. Ils ne sont pas très ingénieurs ou très universitaires logistique/transport. Nous avons la chance d’avoir 3 typologies de profils ; répartition que nous ne cherchons pas mais que nous constatons. Ils peuvent donc se placer sur des postes transverses de chef de projet, d’optimisation ou dans des postes très techniques en lien avec la gestion industrielle par exemple ou en lien avec leur secteur d’activité d’origine.

Est-ce qu’il y a des softskill ou des caractéristiques que vous aimez retrouver chez un postulant ?

Nous regardons tout d’abord si le postulant sait où il met les pieds. Cela peut paraître bizarre de dire ça mais cela a été une découverte pour moi de voir des candidats qui ne prenaient pas forcément le temps de se renseigner sur le programme. Je ne demande pas qu’il ait une expertise technique en supply chain puisque c’est à nous de leur apporter mais je m’assure qu’ils se soient renseignés sur la formation, sur les métiers et surtout qu’ils soient porteurs des softskill que nécessitent ces métiers. Parmi cela il y a le fait d’avoir cette adaptabilité de travailler dans l’incertitude, se réveiller le matin en se demandant quel va être le problème rencontré car s’il n’y en a pas le job n’a pas d’intérêt. Nous regardons également s’il y a cette capacité à communiquer car ce sont des choses qui prennent du temps à être mis en place, communiquer à l’oral et à l’écrit. Nous allons donc les faire parler d’eux car l’objectif est de les faire se sentir à l’aise mais on vérifie qu’ils aient les softskill pour prétendre au métier visé. Encore une fois, ce ne sont pas les compétences techniques puisque si ce sont des personnes de BAC +4/+5 ils ont fait leur preuve dans pas mal de domaines et c’est plus de la formation leur amener. Nous regardons l’esprit d’équipe, l’agilité d’esprit, s’ils vont accepter de travailler avec cette incertitude qui n’est pas à 100 %.

Je suis encore surprise lorsque je les mets en situation dans certains cas d’étude avec des entreprises. Nous les avons fait travailler sur un cas de gestion de crise et pas que la covid, nous les avons mis en situation car dans ma vie professionnelle j’ai été confrontée à des grèves, à des pannes etc… Certains ont encore le réflexe de dire qu’ils n’ont pas les données sauf que dans la vraie vie, il n’y a pas de données ! Il faut donc apprendre à travailler sans ces données et justement apprendre à bien communiquer. Il ne faut pas oublier que ce sont de futurs managers donc nous regardons s’il y a le terrain propice. Après, c’est à nous de les amener et de les faire grandir. Mais nous nous assurons qu’ils savent où ils mettent les pieds, qu’ils aient un projet, bien qu’il puisse évoluer, s’ils se rendent compte que le métier qu’ils ont choisi c’est vivre avec l’incertitude quotidienne et permanente avec de fortes responsabilités. La supply chain maîtrise 75 % des coûts d’une entreprise, il faut donc avoir les épaules pour le vivre et avoir cette ouverture d’esprit. Je regarde s’ils sont ouverts sur le monde, acteurs de celui-ci. Je leur pose beaucoup de questions sur la géopolitique parce que la supply chain est sensible à tous ces aspects, la plupart auront des carrières internationales donc nous nous assurons qu’ils soient ouverts au monde et pas centré sur eux-mêmes.

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ISLI – KEDGE BS

Voilà ce que nous essayons de déceler : le projet, la connaissance de la formation et pas que la notoriété… Je veux m’assurer qu’il y ait une adéquation entre leurs projets professionnels et ce que nous pouvons leur apporter. Je vais m’assurer que du point A au point B l’ISLI soit le chemin. Et quand ce n’est pas le chemin, je les conseille car j’ai 25 ans d’expérience et que ça aide. Je les conseille parce que je ne veux qu’ils perdent leur temps, je ne veux pas créer de l’insatisfaction car c’est ce qui a de plus dur à gérer derrière. Notre objectif c’est de recruter des étudiants qui vont répondre à un besoin du marché.

Vous évoquiez la parité qui va être un de vos chantiers, comment travaillez-vous pour faire évoluer cette tendance ?

Je ne vise pas la parité dans nos recrutements mais j’essaie de rendre la supply chain attractive pour les femmes. Je fais beaucoup de témoignages, je suis membre du Conseil d’Administration de France Supply Chain dans lequel j’interviens dans le Lab RH de France Supply Chain pour cette partie. J’ai fait une enquête avec deux chercheuses de Kedge sur la féminisation du métier que nous avons fait paraître dans The Conversation. Je m’appuie sur le réseau très réactif pour savoir où sont placées nos femmes. Nous avons fait des études de salaires, des études de profils, nous avons regardé si l’expatriation a eu un impact sur leurs carrières… Nous avons essayé de trouver des clés et surtout je guide la nouvelle génération. J’essaie, non pas d’être un exemple, mais je leur démontre que c’est possible ! J’en suis une preuve vivante, j’ai eu un poste de directrice supply chain, j’ai eu deux enfants qui ont survécu, je suis mariée à un ISLI donc c’est faisable. Je suis la preuve vivante que oui, on peut avoir une carrière en supply chain. L’ISLI n’a pas été un refuge pour moi, ça a été un choix. Et donc ça se sent quand j’en parle et pourtant j’ai eu une carrière internationale, j’ai fait le tour du monde… J’essaie de casser un petit peu ces codes, je discute beaucoup avec elle. J’essaie de développer cette espèce d’aspiration à lever les barrières, à leur donner les clés sur les références salariales car l’importance c’est de bien démarrer et ce n’est pas parce que ce sont des femmes qu’elles doivent être moins payées. Je leur donne des repères de carrière, peut-être c’est qui m’a manqué puisque les repères qu’on nous a donnés à l’époque étaient très masculins. Je leur donne des repères par rapport à leurs choix de vie professionnelle et personnelle. Il y a également beaucoup d’intervenants femme à l’ISLI. La meilleure façon de casser ce mythe c’est de leur démontrer factuellement que la parité a tout à fait lieu d’exister.

Est-ce que vous mettez des actions en amont pour rééquilibrer et pouvoir avoir davantage de postulants ?

Il y a des actions, il y a une équipe promotion à Kedge qui est dédiée à ces aspects. Il y a une équipe promo pour les internationaux. J’ai également des internationaux sur l’alternance. Cette année j’ai 11 nationalités et nous savons que l’international draine plus de femmes. C’est factuel, je ne sais pas l’expliquer mais c’est ce que nous percevons. Les femmes font des études supérieures, elles sont nombreuses 30 % à 40 % sur le MSc… Néanmoins, je ne suis pas sur le critère « les femmes plus que les hommes » non. Dans la sélection, nous regardons l’adéquation entre le poste, la personnalité et la capacité d’évolution de la personne que ce soit un homme ou une femme. Je ne suis pas en train de faire la féministe de la supply chain, pas du tout. Par contre une fois que la compétence est là, que nous avons des alumni, oui j’essaie de démontrer, par les faits, que les femmes ont leur place. J’ai eu des mentors dans ma vie professionnelle qui m’ont énormément aidé. J’essaie d’être ce statut pour les étudiants et j’essaie de leur drainer des intervenants extérieurs ou des professeurs internes qui ont cette envie dans leur ADN. Et il y en a, il suffit de les trouver. Il y a beaucoup de conférences, de témoignages, le réseau est aussi très fort.

Avez-vous une dernière chose à dire aux futurs postulants, aux étudiants qui souhaitent s’orienter vers l’ISLI ?

L’ISLI délivre plusieurs certifications : Bilan Carbone, le CPIM… Nous travaillons sur une certification Green Belt. J’ai remis le lean manufacturing au cœur du programme en lien avec la sustainable parce que cela me paraissait important. 60 % de nos anciens se placent dans l’industrie et même on parle de désindustrialisation, je pense que nous allons réindustrialiser ou si ce n’est pas le cas, il faut des supply chain manager qui connaissent et aient cette expertise pour discuter avec nos fournisseurs correctement la gestion industrielle. J’ai remis des cours sur le retail puisqu’avant de travailler à l’ISLI j’ai travaillé pendant 5 ans dans le retail et c’est totalement différent de l’industrie. Cette particularité de l’e-commerce, retail est en train d’être développée.

 Je travaille également sur des options, des modules option pour l’ISLI pour la prochaine rentrée avec un module en lien avec l’entrepôt de demain (automatiser, robotiser, améliorer etc…). Nous allons également faire un module sur le retail. En plus du tronc commun, nous allons aller dans le détail du management du retail, du management dans l’entrepôt car on ne manage pas un entrepôt comme on manage des cadres ou des agents de maîtrise. Puis, je suis en discussion avec une entreprise pour travailler et faire un module sur l’industrie 4.0. Enfin, le quatrième module s’oriente sur tout ce qui est analytique et simulation. Finalement, les étudiants pourront choisir ces 4 options, la spécificité où ils veulent passer plus de temps et aller davantage dans le détail.

Ce sont des modules de 30 heures donc non négligeables. Si cela marche bien, l’objectif c’est de créer des options au programme pour commencer à les aider à donner une certaine colorisation de leurs CV.

Cela restera une option car l’objectif n’est pas de les bloquer dans un domaine. Mais encore une fois, mon objectif c’est de répondre aux besoins des entreprises. Je suis énormément en lien avec les entreprises pour connaître leurs besoins de recrutement, les spécificités, les compétences qu’ils viennent chercher que ce soit technique ou soft. J’essaie de caler mes recrutements et ma formation pour que les étudiants répondent aux besoins de ces entreprises.

On a beaucoup de partenaires d’entreprises, partenaires au niveau du programme où on crée beaucoup de challenge. Cette année on challenge avec Amazon, avec Cdiscount, l’année prochaine j’ai créé des supply chain crisis avec Sanofi, Sephora, Schneider. Les entreprises sont très présentes au sein du programme ISLI. Je pense que c’est aussi lié à mes 25 ans d’expérience c’est-à-dire que quelque part, c’est ma façon à moi de ne pas perdre pied, de rester connecter et de faire évoluer la formation en lien avec les évolutions perçues dans l’entreprise. Il y a de nouveaux postes qui apparaissent, nous préparons donc nos étudiants. Nous savons qu’on doit les préparer à un métier qui n’existe pas encore. Donc nous essayons de leur donner les clés pour qu’ils soient capables de prendre plusieurs portes dans leur vie future. Encore une fois, j’en parle en connaissance de cause car j’ai commencé en gestion de production, pilotage de forecast, mise en place d’unité de production, puis j’ai été account manager monde pour un sous-traitant de carte électronique qui n’était pas ma formation de base… Donc c’est simplement cette adaptabilité en lien avec l’international, les lois, être capable de faire du chiffrage et puis un virage à 180° sur l’un d’eux. C’est ça l’avantage de ce métier, c’est que nous ne voyons pas la fin. Et c’est ce que j’aime. Personnellement je n’aime pas me sentir enfermer et je veux donner cette perspective aux étudiants en leur disant que quand on fait un programme comme l’ISLI, nous vous formons surtout à vous adapter au monde des entreprises à travers des soutenances. Je fais beaucoup de soutenances, leur apprends à parler devant un codir, à vendre leur projet, de le justifier, de trouver du sens, de parler avec le vocabulaire d’un directeur financier, de parler à leur DG. Je les mets beaucoup en situation.

Ce n’est pas que de l’académique, c’est aussi se préparer au monde de demain. Nous leur apprenons à travailler le profil Linkedin aussi. Cela à l’air de rien mais c’est important. De plus, je suis très active sur Linkedin. J’ai travaillé que dans des sociétés américaines et j’ai utilisé ce réseau quasiment dès sa création au tout début des années 2000. Et je suis connectée sur Linkedin depuis le début. J’apprends donc à mes étudiants à gérer leur profil et être actif. Nous avons d’ailleurs un groupe privé LinkedIn ISLI qui marche très bien !

Je le dis aux futurs candidats et à nos étudiants mais ici, c’est ISLI Forever ! Quand j’ai des offres d’emploi je n’oublie pas mes anciens, je cible via des groupes réseau privés sur Facebook et en fonction de l’expertise de l’offre, je cible les anciens et les groupes. J’estime le réseau est aussi ce que viennent chercher les étudiants.

J’essaie vraiment de donner des repères et de faire participer les entreprises. De plus, accolé à l’ISLI et à Kedge, nous avons un centre de recherche et d’expertise international en supply chain qui est le CESIT donc l’ensemble de nos professeurs internes à l’ISLI sont chercheurs en supply chain avec deux forces : la sustainable supply chain et l’opération smart city. Nous avons des chercheurs très forts dans ces domaines en partenariat avec des entreprises. Nous bénéficions donc de toute cette recherche au niveau de nos étudiants.

L’objectif c’est d’équilibrer le monde académique qui est extrêmement fort sur des domaines très pointus avec les professionnels car il ne faut pas oublier que nos clients sont les entreprises et pas les étudiants. Les étudiants sont des produits que je transmets aux entreprises de matière première à produit fini si je puis me permettre afin de les rendre bancable sur le marché du travail. Nous avons de gros effectifs à l’ISLI mais tous nos étudiants se placent même s’ils ne sont pas tous diplômés. Il n’y en a pas beaucoup car nous filtrons, mais il y en a.

L’objectif est qu’ils se placent tous. Dans la dernière promotion j’ai fait un appel à CV aux personnes qui ne sont pas placés, donc la promotion de fin novembre 2020, il y a donc 7 mois et j’ai eu 4 CV sur une promotion de 140.

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Publié le 7 septembre 2021