Philippe MOREL, Directeur prévisions des ventes et approvisionnements chez PEPSICO – Interview

Avec Philippe nous ne nous connaissions pas jusque là mais j’avoue que je regrette de ne pas avoir pris contact avec lui avant. J’avais bien vu son profil sur linkedin mais je n’avais jamais pris le temps de parler avec lui. Sincèrement, si je n’avais dû la rédiger je pense que cette interview aurait durée beaucoup plus longtemps (je pense qu’il va falloir que je réfléchisse au format de ces interviews…soyez patient…). Bref, un très bon échange avec Philippe MOREL, Directeur prévisions des ventes et approvisionnements chez PEPSICO. 👇👇👇 Un grand merci à lui.

BONJOUR PHILIPPE, PEUX-TU TE PRÉSENTER ?

Je m’appelle Philippe Morel, j’ai 41 ans et j’ai été diplômé en 2003. Je travaille aujourd’hui chez Pepsico en tant que directeur prévisions des ventes et approvisionnements. J’encadre donc une équipe de managers qui s’occupent de la prévision des ventes et de l’approvisionnement des entrepôts grâce auxquels nous livrons nos clients.

Pour faire simple !

directeur prévisions des ventes et approvisionnements
Philippe MOREL

QUEL A ÉTÉ TON PARCOURS ?

Je suis rentré dans la prévision par ma formation initiale. Je suis diplômé du master Supply Chain de Dauphine, université dans laquelle j’ai réalisé l’intégralité de mes études où j’ai eu la chance de tomber par hasard sur tout un module autour de la prévision des ventes. C’est un peu ce qui m’a permis par la suite de rentrer dans le secteur de la Supply Chain. J’y suis donc rentré par la prévision des ventes sous un aspect au final assez technique. C’est l’aspect statistique, probabiliste qui me plaisait donc finalement quelque chose de très technique.

QUELLES SONT LES ÉVOLUTIONS DU MÉTIER QUE TU AS OBSERVÉes ?

Le métier que j’ai découvert a pas mal changé. Il y a une dizaine d’année c’était un métier axé sur les outils, assez peu en interface au final mais qui, ces dernières années, s’est beaucoup professionnalisé. Il y a toujours cette dimension « outil » mais qui est de moins en moins importante. Les outils prennent de plus en plus la partie technique du job et nous avons désormais des métiers qui sont d’une part un peu plus senior et d’une autre où la dimension softskills est aussi voire plus importante que la dimension technique.

Les métiers de Demand Planner sont des métiers dans lesquels il y a des personnes en interface avec plusieurs fonctions : la finance, le marketing, les ventes… Ils vont essayer de retranscrire tout un tas d’information pour faire en sorte que les réseaux supply chain soient bien dimensionnés, produisent les produits qu’il faut. C’est donc un métier qui devient vraiment stratégique du moins dans la Grande Distribution, la Grande Consommation. Il devient stratégique pour les industriels car c’est le point de départ de ce qui va entraîner des coûts par la suite (coûts de distribution).

UN BON PREVISIONNISTE des ventes, À QUOI DOIT-IL RESSEMBLER ?

Le bon prévisionniste est quelqu’un qui possède une très bonne capacité d’écoute. Il est capable de comprendre ce que vont lui expliquer les collaborateurs des divers services que ce soit le marketing, les ventes, etc.

Le bon prévisionniste est avenant et possède cette aisance relationnelle de pouvoir discuter de champs de compétentes qui ne lui sont pas forcément propres.

Enfin, c’est quelqu’un qui est très pragmatique.

Là où moi j’ai commencé avec cette très forte dimension technique, aujourd’hui, nous recherchons vraiment des personnes qui ont la tête bien faite et qui sont capables de projeter des risques, de les identifier et d’adopter une approche plus axée sur l’identification des risques. Ces personnes ont désormais plus des rôles de Business Partner que de Spécialiste Supply Chain.

Découvrez ce qu’est un demand planner 👉👉👉 DEMAND PLANNER – FICHE METIER

QU’ENTENDS-TU PAR L’EXPERTISE TECHNIQUE DU MÉTIER DE PRÉVISIONNISTE ?

Je pense que nous n’avons plus besoin, sur les postes de Demand Planner, de statisticiens. Le côté matheux est moins présent bien que la compréhension et la logique sont toujours importantes. C’est pour ça que le master Supply Chain de Paris Dauphine est vraiment bien car il t’explique tous les rouages de la machine.

Je disais donc que le comprendre est important mais en avoir une maîtrise ultra poussée n’est pas ce qui fait la différence.

SUR CES FONCTIONS, Y-A-T-IL UN PARCOURS SCOLAIRE SPÉCIFIQUE ENCOURAGÉ OU NON ?

Sur ces métiers et missions, nous recrutons tous types de profils que ce soit école d’ingénieur, de commerce ou faculté. Je pense qu’il y a de multiples formations avec ces débouchés mais il y a tout de même une pénurie de formation initiale sur le métier du Demand Planner. J’ai parlé de Dauphine, car c’est sans doute la formation qui est la plus aboutie dans la matière. Néanmoins, il y a très peu de formations qui vont dispenser l’enseignement théorique qui permet d’accéder à des postes de Demand Planner dans de grands groupes en sortie d’école.

SI JE COMPRENDS BIEN, CE SONT PLUTÔT DES POSTES DÉVOLUS AUX DIPLÔMéS d’un BAC +5 EN DÉBUT DE CARRIÈRE ?

Je pense que ça se « séniorise » un peu. Quand je regarde nos effectifs chez Pepsico, les Demand Planner sont plutôt des postes dévolues à des personnes qui ont déjà une expérience en Supply Chain.

Pourquoi ? Nous avons la vision chez PepsiCo -et c’était la même chose chez Unilever- que le Demand Planner est un Business Partner. Et pour être un bon Business Partner, il faut quand même comprendre ce qui se passe en amont et en aval dans le processus Supply Chain. Cela requiert donc un peu d’expérience.

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Philippe MOREL – PEPSICO

LORSQUE VOUS ÉTABLISSEZ DES PRÉVISIONS DE VENTE, PRENEZ-VOUS EN COMPTE DES INPUTS EXTERIEURS OU SEULEMENT LES REMONTÉeS DU TERRAIN ?

Ce sont des choses que nous prenons en compte en effet. Concernant la partie météo-sensibilité il y a tout de même beaucoup d’industries qui sont impactées par ces phénomènes que ce soit en grande consommation, par exemple la glace ou les softdrink sur laquelle je travaille. Cela dit, nos produits tournent énormément. Nous avons donc vraiment besoin de cette interface humaine. Et l’on peut hélas -ou pas-, tout dépend du point de vue, tout automatiser. Ce sont des choses qui sont aujourd’hui relativement complexes et il n’y a pas encore sur le marché, du moins pas à ma connaissance d’algorithme miracle qui va nous déterminer le bon volume qui va être vendu en promotion par exemple.

Cela requiert une interface avec les ventes pour la promotion ce qui est aujourd’hui difficilement automatisable.

VOUS AVEZ DEUX TYPES D’APPROVISIONNEMENTs, CEUX EN AMONT ET LES APPROVISIONNEMENTS CLIENTS, QUEL ASPECT MANAGES-TU ?

Je manage uniquement l’approvisionnement en amont. La partie dite “avale” concerne davantage l’expertise du service client (Customer Service) qui est la fonction par excellence. C’est la fonction qui est directement en interface avec nos clients. Même si au fond, les deux sont intimement liés : de l’approvisionnement de nos entrepôts à l’approvisionnement de nos clients. Tous deux reposent sur les mêmes mécanismes.

COMMENT S’ORGANISENT TES ÉQUIPES : LES PRÉVISIONNISTES D’UN CÔTÉ, LES APPROVISIONNEURS DE L’AUTRE ?

Oui, c’est un choix que nous avons fait il y a quelques années. Cela nous permet de garder un bon focus sur la partie Demand Planning. Il y a pas mal d’organisations qui ont fait ce constat à savoir que si nous mixons les deux, les équipes ont tendance à mettre leur focus sur le court termes plutôt que le long termes pour la partie approvisionnements et pour la partie forecast.

QU’EST-CE QU’UN BON APPROVISIONNEUR ?

Pour moi, c’est avant tout une personne qui aime gérer les problèmes pour ne pas paraphraser Guillaume. C’est également une personne qui sait bien s’organiser, qui est capable d’identifier quelles sont les urgences qu’il doit traiter.

Enfin, c’est quelqu’un de proactif qui est capable d’identifier les risques en amont et qui est capable de prendre des décisions.

D’UN POINT DE VUE FORMATION, VOS PROFILS D’APPROVISIONNEURS SONT DES PERSONNES POSSÉDANT UN BAC +5 également OU êtes-vous PLUTÔT OUVERTS À DES PERSONNES MOINS DIPLÔMÉES AYANT une PLUS GRANDES EXPÉRIENCES ?

Je pense qu’il y a un peu de tout. C’est un poste qui est pas mal pour des BAC+5 en sortie d’école. C’est un bon poste d’entrée en Supply Chain pour comprendre comment celle-ci fonctionne en amont du client. Cela dit, ce poste requiert une part d’autodidactes. Les deux profils fonctionnent très bien.

Qu’est-ce qu’un bon approvisionneur ? 👉👉👉 APPROVISIONNEUR – FICHE METIER

QUELS SONT LES DÉFIS POUR LES MÉTIERS D’APPROVISIONNEURS ET DE PRÉVISIONS DES VENTES POUR LES ANNÉES À VENIR ?

Concernant les prévisions de vente, il y a un défi lié à la mise à disposition exponentielle de l’information. Nous avons de plus en plus d’information pour réaliser de la prévision mais nous peinons à tout exploiter aujourd’hui. Je pense qu’il y a un enjeu autour du big data et de comment l’intégrer au mécanisme de prévision qui existe déjà que ce soit la partie très court termes sur le Demand Sensing ou plus long terme sur l’identification des tendances et des chemins à prendre.

Il y a clairement un enjeu tech.

Il y aussi pas mal d’enjeux sur les processus d’élaboration des prévisions de vente. Cela devient un standard dans les majeurs de l’industrie d’avoir des process collaboratifs d’élaboration des prévisions de vente. C’est encore assez flou dans les plus petites entreprises bien que l’enjeu y existe aussi.

Je pense que cela va être amené à se démocratiser, même si cela ne se fera pas avec les mêmes solutions car nous ne travaillons pas à la même échelle. Mais je pense qu’il y aura de l’innovation pour les TPE et les PME.

PENSES-TU QUE LES SUJETS DATA DOIVENT ÊTRE TRAITÉS EN INTERNE OU AVEC DES OUTILS EXTERNES ?

Nous n’avons pas tellement vu des outils externes comme SAP, avec qui je travaille depuis quelques années sur ce créneau. Peut-être parce que c’est encore un peu exploratoire. Il y a quand même quelques sociétés qui vont se positionner sur ces sujets-là. Mais aujourd’hui, je n’ai pas encore vu grand-chose d’abouti et dont les résultats sont démontrés.

AS-TU DES CONSEILS POUR LES PERSONNES QUI AIMERAIENT SE TOURNER VERS LA SUPPLY CHAIN ?

Première chose : n’hésitez pas. C’est une fonction qui est très riche et donc très très large puisqu’elle couvre des périmètres qui sont différents. En effet, dans la grande consommation, au sein de la fonction Supply Chain, on trouve une dimension achat, service client ou encore planification qui sont des métiers très différents et pourtant regroupés sous la même appellation de Supply Chain.

Faire une carrière en Supply Chain c’est avoir la chance de faire des métiers très différents tout au long de sa vie.

Pour les gens curieux, qui aiment la nouveauté et qui ont envie de travailler dans une fonction qui est finalement assez peu mature dans laquelle il y encore plein de choses à faire je leur dirai : n’hésitez pas !

Enfin, si vous aimez les gens et si faire du management est quelque chose qui vous intéresse, c’est une des fonctions où cela est possible, et même de le faire très jeune. Être responsable de production et manager une équipe de 100 personnes c’est possible de le faire avant 30 ans en Supply Chain. Cette dimension est tout aussi importante.

QUEL CONSEIL AURAIS-TU AIMÉ AVOIR EN SORTANT DE TES ÉTUDES ?

C’est une bonne question… Le conseil que j’aurais aimé avoir est : si tu dois faire une étape internationale dans ta carrière, fais le tout de suite car une fois qu’on est installé, cela devient plus complexe de bouger.

Si vous voulez travailler dans l’équipe de Philippe, contactez le sur Linkedin de notre part 👉 Philippe MOREL. Il recrute régulièrement pour son équipe.

Pour plus d’interviews ? C’est sur le Blog de la Supply Chain que ça se passe 👉👉👉 LE BLOG DE LA SUPPLY CHAIN

Publié le 8 octobre 2020


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